• La petite bête qui monte…

     

     

                                           Photo : © Clo Hamelin

     

     

    La petite araignée qui m'a surprise un matin, étirant tout naturellement

    son fil du bord d'une boîte de couleurs m'en a appris tant sur elle en une fin de journée.

    Elle était là, à se balader, rapide, mobile d'un endroit à l'autre.

    De ces araignées sauteuses qui disparaissent à la vitesse de la lumière.

    Reej m'a soumis l'idée de l'oublier et que certainement c'était l'occasion, enfin, de régler mon problème avec les araignées.

    Sinon, que je m'en débarrasse tout simplement. Qu'il fallait que ça s'arrête cette phobie.

    Je l'écoutais, du moins j'essayais.

    J'avais deux choix pour m'en débarrasser, la saisir avec un bout de quelque chose, ou… la tuer.

    Essayant de l'oublier, je continuais mon pastel. Mais je la sentais dans le coin, je la voyais du coin de l'œil, sautillant, faisant de brusques demi-tours, s'arrêtant, fixe, sur place, les antennes bases vibrant aux ondes du terrain, se dirigeant comme guidée par les flots de lumière lui arrivant. Je craignais à un moment d'inattention l’instant où son minuscule corps sauterait sur mon pull pour s’y enfouir et graviter jusqu’à mon cou. Fantaisie du mental…

    J'essayais de la saisir avec un morceau de papier doux, ramassé dans une des boîtes de couleurs, mais aussitôt elle m'échappa et sauta sur le mur d'en face. S'arrêtant comme paniquée, les sens brusquement bouleversés, le cœur battant.

    Je finissais par l'oublier, elle n'était plus à se balader sur le rebord de la table. Je ne la vis plus. Elle devait être blottie dans un coin, assommée. Je pouvais dessiner en paix.

    Puis elle réapparut sur l’arête du papier. Elle s'engagea sur le dessin.

    Bon voilà autre chose.

    Je présumais que c'était les muses qui m'envoyaient un petit insecte pour l'inspiration.

    Elle grimpa sur la lampe et se dirigea vers l'abat-jour là où il fait plus chaud. Lieu idéal pour tisser une toile. Mais non, vacillante, elle fit demi-tour et entrepris de descendre la rampe.

    A petits pas ambulatoires, elle arpenta l’acier chaud. Il fallait que je m'en débarrasse. Je n'arrivais plus à travailler.

    L'examinant de plus près, je m’assimilais un instant à elle.

    Elle était là, à l'aventure, cherchant je ne sais quoi, de la nourriture peut-être. Elle était jolie, brun clair, un trait vertical lui barrant le dos, de minuscules antennes. Elle était petite et courte comme une voyelle. Je la trouvais bien téméraire d'être là. Je n'étais pas encore prête pour la cohabitation avec l’arachnide.

    C'est avec un déterminisme sapien que j'allais à la cuisine et déchirais un morceau de papier, puis je saisissais l'endroit approprié pour l'attraper. Plus par impatience que par volonté de la tuer, je la recouvris du papier avec toute la fébrilité et le dégoût inspirés par la peur de la sentir entre mes doigts. Son corps craquant sous ma peau.

    Je retournais à la cuisine pour la flanquer par la fenêtre ou du moins son rebord, ouvris le papier pour constater de l'état de la bestiole.

    Bon ben, je l'avais écrasée.

    Pardon…

     


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